Fusions-acquisitions

Le marché des fusions-acquisitions pour
les éditeurs de logiciels en 2015 et 2016 Q1

2015 se présente comme une année avec un nombre de deals dans la moyenne historique, mais avec des opérations de plus petite taille. En effet, le deal le plus important signalé publiquement a été l’achat d’eFront par Bridgepoint pour 300m€, les autres opérations ayant été réalisées à des montants inférieurs à 100m€ (voir tableau des Top 10 p.13, basé sur des informations publiques). Le premier trimestre 2016 confirme cette tendance. L’année 2013, marquée par des mega-deals, se présente effectivement comme une exception.
Quelles tendances de fond ont marqué les deals en 2015 et 2016 Q1 ?
Les sous-secteurs les plus actifs en termes de M&A ont été les logiciels pour la gestion des ressources humaines (par exemple, Talentia Software, Multiposting, TalentSoft), la finance (AMfine, smartTrade, Ficuceo), la santé (IDO-in, Olea Medical, Doctolib) et la gestion générale (Business Document). Il est également à noter que les tendances de fond du SaaS et du cloud-based se poursuivent avec de nombreuses acquisitions dans ces domaines (SaaS : TraceOne, Pixid ; Cloud : We Are Cloud, Pricematch)

Par ailleurs, le private equity continue d’être un partenaire privilégié pour les éditeurs de logiciels. En effet, les PE ont signé un tiers des acquisitions, avec par exemple Bridgepoint, Keensight, Accel Partners, Iris Capital.
Le secteur des Technologies au sens plus large est par ailleurs marqué par des bouleversements structurels dus notamment à la digitalisation. Ainsi, on assiste à la formation d’un écosystème résultant de la convergence des industries des TMT (Technologies, Médias et Télécommunications). Le rachat récent par Orange, avec d’autres investisseurs, du français Actility, qui développe des plateformes de communication M 2M, ou encore le rachat par Atos de l’allemand Unify, actif dans la communication intégrée, en sont des illustrations. Ce phénomène devrait s’accélérer dans les années à venir. Dans ce contexte, la croissance externe constitue un moyen que davantage d’acteurs du secteur pourraient utiliser à l’avenir pour s’adapter aux exigences en constante évolution des consommateurs et à la complexité des outils technologiques.
La menace grandissante des cyber-attaques obligent les entreprises et les états à s’adapter et à se protéger. La cybersécurité est devenue une tendance de fond pour les éditeurs de logiciels que certains tentent d’obtenir par le rachat de sociétés spécialisées. L’acquisition de l’américain Vormetric par Thales et celle d’OpenTrust par DocuSign illustrent bien cette volonté des groupes de renforcer l’aspect sécurité de leurs offres.

Enfin, en 2015 et 2016 Q1, une partie importante des opérations a impliqué un acteur étranger. Certaines de ces opérations visent l’accélération de la croissance par l’accès à de nouveaux marchés (par exemple l’acquisition par Aubay de l’espagnol Cast Info) tandis que d’autres concernent l’acquisition de nouvelles compétences (l’acquisition du belge Applied Maths par Biomérieux).

 

Les valorisations ont-elles atteint un sommet ?
L’engouement pour les éditeurs de logiciels et acteurs dans le digital et tech au sens large a eu un effet inflationniste sur les valorisations observées. En effet, le multiple moyen du Nasdaq dépasse maintenant les niveaux pré-crise de 2006 et 2007. Le constat est le même pour les éditeurs de logiciels en France, même si ceux-ci restent en moyenne moins valorisés que leurs homologues américains (à quelques exceptions près, quand-même, dont par exemple Dassault Systèmes, valorisé 16x son EBITDA fin mars 2016).

Dans ce contexte, il est clair que les acquéreurs candidats devront travailler davantage leur business case avant de payer des multiples aussi élevés :

  • Revue rigoureuse de la performance historique de la cible afin d’estimer les performances financières récurrentes (due diligence)
  • Construire un business plan réaliste en stand-alone, si possible sur la base de benchmarks internes ou externes
  • Estimer de façon réaliste les synergies
  • Construire une valorisation multi-critère (DCF, approche de marché…)
  • Faire des stress tests sur la valeur avec des hypothèses plus conservatrices
  • En outre, avec des prix d’acquisition aussi élevés, les acquéreurs devront préparer un « 100 day plan » pour prendre la cible en main et concrétiser les synergies au plus vite.

 

Quelles sont les perspectives pour 2016 et 2017 ?
Malgré les irrégularités du marché des fusions acquisitions, la croissance externe reste un moyen privilégié pour les groupes français dans leur stratégie de développement. La digitalisation, l’essor du SaaS et du Big Data, l’explosion de l’internet des objets’ et la menace incessante des cyber-attaques, sont en effet, autant de facteurs qui pourraient profiter durablement au secteur du logiciel.

Manoël de Goeij, Associé PwC