Interviews

Hervé Couturier, Vice-Président Exécutif, Recherche & Développement d’Amadeus

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Amadeus et son évolution récente ?

Amadeus est l’un des premiers fournisseurs mondiaux de solutions technologiques de pointe pour l’industrie du voyage et du tourisme, avec plus de 13 000 collaborateurs à travers le monde. En 2015 notre chiffre d’affaires a augmenté dans les secteurs de la distribution et des solutions technologiques de 11,5 % et 22,1 % respectivement. Ceci s’explique grâce à la croissance de nos marchés en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique d’une part ainsi qu’à celle des revenus de nos nouveaux secteurs, notamment les solutions aéroport et le paiement. Malgré les préoccupations économiques récentes, nous restons positifs pour l’année 2016, notamment grâce à l’augmentation de notre offre vers les fournisseurs de voyages, la croissance de nouveaux secteurs d’activités, et le renforcement de notre positionnement auprès des transporteurs low-cost et hybride avec l’acquisition de Navitaire.

Votre classement en tant que leader de l’investissement en R&D – Après le Cloud, l’expérience Client, quels sont vos axes d’investissement aujourd’hui ?

La Commission Européenne a une nouvelle fois distingué Amadeus dans son rapport annuel 2015 comme étant le premier investisseur R&D dans le secteur du voyage et du tourisme. Aujourd’hui nos principaux axes d’investissements R&D tournent autour du développement de systèmes et de solutions pour continuellement améliorer l’expérience du voyage et du voyageur, les architectures cloud, le Big Data et les solutions de ‘Travel Intelligence’ ainsi que la sécurisation des transactions.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme « Amadeus for Startups » et vos actions en termes « d’innovation ouverte » ?

Amadeus est régulièrement reconnu pour sa capacité d’innovation. L’écosystème est un élément important de cette innovation, et nous suivons 3 grands axes pour notre « Innovation Ouverte » : l’écosystème start-ups (incluant aussi les accélérateurs et les investisseurs), les universités et laboratoires de recherche (un partenariat avec l’Université Côte d’Azur qui vient d’obtenir le label IDEX est d’ailleurs en place), et enfin les grands groupes. Amadeus for Start-ups en Amérique du Nord, Amadeus en tant que membre fondateur de Welcome City Lab en France ou encore Amadeus NEXT à Bangkok sont des exemples de notre dynamisme vis-à-vis du monde des start-ups. Par ailleurs, nous sommes aussi membres de l’Airline Industrial Consortium du MIT, de l’EIT Digital et sponsorisons des programmes de recherches dans les plus grandes universités du monde. La véritable innovation vient également de toutes les PME qui font du service et se connectent à nos outils. Amadeus travaille également étroitement avec plusieurs de ses clients autour de la co-création.

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Pierre-Marie Lehucher, PDG de Berger-Lervault

Pouvez-vous nous dire quelques mots de Berger-Levrault et de son évolution récente ?

Ces derniers mois Berger-Levrault a intensifié sa politique de partenariat avec le monde universitaire et celui des start-ups, dans le but de mieux intégrer dans ses solutions les besoins nouveaux des citoyens. Cette politique, s’accompagnant d’une forte croissance à l’international, exige une profonde mutation des pratiques collaboratives internes matérialisée par la création à Labège d’un centre d’innovation dont l’inauguration prochaine symbolisera cette orientation.

Comment l’offre de Berger-Levrault s’inscrit-elle dans le mouvement de digitalisation des administrations ?

Développer pour le monde public, la santé, l’éducation des outils pertinents améliorant la performance des administrations et de leurs partenaires privés est depuis toujours la mission de Berger-Levrault. La digitalisation des relations administrations-citoyens-partenaires est une formidable opportunité pour accélérer durablement ce processus ; développer des solutions audacieuses, respectueuses du cadre légal et de confiance est le quotidien de l’entreprise. Modèles économiques, expérience citoyen, mobilité, hébergement, objets connectés, les chantiers sont nombreux.

Quelle stratégie Berger-Levrault va poursuivre pour conquérir l’international (poursuite des rachats, évolution technique vers le SaaS…) ?

En 2016, 25 % des revenus du groupe proviendront de l’international. L’objectif est d’atteindre 50% avant 2020 ; Berger-Levrault intensifie dès 2016 sa présence en Espagne et au Canada avec pragmatisme : profitant de la diversité et de l’adaptabilité de ses solutions, leur exportation vers l’Afrique du Nord, l’Europe, l’Amérique du Nord, accompagnera la poursuite des croissances externes. Berger-Levrault entend s’imposer comme un partenaire de référence dans de nombreux pays, au service de l’innovation et de la performance.

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Nathalie Rouvet Lazare, PDG de Coheris

Pouvez-vous nous faire un rappel sommaire de l’activité de Coheris ?

Coheris est un éditeur de solutions CRM et Analytiques qui permettent de gérer la relation clients et d’analyser toutes les données des entreprises pour piloter la performance et traiter l’explosion des données numériques.

Quelle évolution de la relation client voyez-vous ?

La digitalisation a profondément transformé l’entreprise, avec un impact significatif sur son organisation et le pilotage des interactions clients, en BtoC comme en BtoB.
Pour faire face à la digitalisation des interactions, mais aussi à la montée de la désintermédiation, les entreprises évoluent dans leur organisation et dans leurs applications. Cela passe par l’innovation pour enrichir les solutions de CRM traditionnelles, permettant par exemple de traiter les données clients et les exploiter en temps réel, ou encore de tirer parti des informations issues des objets connectés pour optimiser leur utilisation ou proposer des services innovants.

Quel est selon vous l’enjeu de la data pour les entreprises ?

La data est une véritable opportunité pour innover, gagner en performance et en pilotage dans tous les compartiments de l’entreprise.
Les sources de données à exploiter sont multiples, internes et externes. Les outils de datamining analysent en profondeur ces données, la Business Intelligence structure et met la connaissance à la portée de tous. Nous constatons d’ailleurs une forte demande des métiers de s’approprier des outils analytiques.
Coheris est au coeur de ces enjeux et accompagne les entreprises avec ses solutions de CRM, de BI (Coheris Liberty), de Datamining (Coheris SPAD) et ses DataScientists.

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Clément Delpirou, General Manager et Chief Digital Officer d’Infopro Digital

Pouvez-vous nous faire un rappel sommaire de l’activité d’Infopro Digital et de ses spécificités ?

Notre groupe, créé en 2001, propose des outils et méthodes 2016 visant à répondre aux missions historiques de l’information professionnelle. Nous aidons les professionnels à mieux travailler grâce à nos logiciels et à développer leur chiffre d’affaires grâces à nos services Internet. Ce que l’on appelle « digital » chez Infopro Digital, est à la fois du software et du web ; nous sommes opérateurs dans ces deux activités. Il y a 30 ans, nous avions principalement des ressources de contenu, et aujourd’hui notre spécificité réside en une force de frappe rare sur le digital : 400 experts de la technologie (développeurs, architectes de bases de données, intégrateurs HTML…) et une population de 400 collaborateurs dans le web (chefs de projets, SEO/SEM, data managers, outils d’acquisition d’audience et de trafic,…). Ces nouveaux outils sont l’un des fondements de la croissance du groupe depuis sa création, qui est d’environ 20 %/an, et qui s’appuie bien sur le coeur de notre modèle : nous avons toujours des experts de contenu (nous vendons très rarement des logiciels « vides »), qui font aussi la valeur ajoutée de nos outils. Notre force réside en cette capacité à faire travailler des experts de contenu avec des experts de la technologie.

En quoi consiste votre rôle de Chief Digital Officer (CDO) ? Quel est pour vous l’impact du Digital comme contributeur à la croissance, et le rôle clé du CDO dans cette transformation ?

Chez Infopro Digital, le CDO n’est plus seulement un business partner pour les autres entités de la firme, c’est avant tout et surtout un contributeur au chiffre d’affaires. Ce qui est spécifique chez Infopro Digital, c’est notre fonctionnement matriciel : nous avons d’une part une « Digital Factory » ayant la responsabilité de la gestion de l’ensemble de nos sites web et des orientations technologiques du groupe, et d’autre part des équipes software très autonomes et au plus près du métier. Au sein de la Digital Factory, la fonction la plus représentée est le commercial avec 180 commerciaux. Le fait d’avoir nos développeurs et nos vendeurs dans le même open-space est un facteur clé de succès qui a été très instrumental dans la digitalisation et la croissance.
La meilleure chose qui puisse arriver à un CDO, c’est de faire disparaître son rôle ; çela voudra dire que la dimension digitale aura été suffisamment intégrée pour qu’il n’y ait plus besoin d’une animation et émulation transverse sur certaines activités. Ce point de vue est tout de même nuancé par la réalité RH puisque l’une des raisons pour lesquelles nous avons une équipe centrale de taille critique, c’est l’attractivité d’Infopro pour nos futurs talents : un développeur sera plus intéressé par rejoindre une équipe de 100 développeurs au meilleur niveau du marché que de travailler en électron libre.

Voyez-vous d’autres tendances voire des signes disruptifs qui pourraient avoir un impact sur votre marché dans les prochaines années (data, cloud, sécurité, etc.) ?

L’actif le plus important aujourd’hui est devenu la data, qui ouvre des perspectives d’hyper-ciblage extrêmement intéressantes pour les annonceurs. Nous sommes passés de la data de push dans un contexte éditorial à une logique utilisateur. La récolte de volumes colossaux de données et leur analyse fine est une vraie révolution dans le BtoB dont nous sommes un des acteurs, et qui va se développer de façon très forte dans les 4 prochaines années. Par exemple, nous avons à ce jour la plus grande base de données en France qui matche le Siret avec un site web, ce qui représente 1,4 million de données. Cette capacité à utiliser la data accessible sur Internet de façon légale et les empreintes digitales des utilisateurs va être pour nous un levier de développement absolument massif, dont les enjeux se chiffrent en millions d’euros.
Concernant le cloud, nos outils sont des outils SaaS depuis longtemps, et l’univers du cloud nous ouvre des niveaux de souplesse majeurs dans l’optimisation du processus de production et d’exploitation de la data. Nous utilisons des prestataires en one-shot type Amazon Cloud Services, et sommes en cours d’homogénéisation des prestataires en termes d’infrastructures.
Plus encore que le cloud, l’obsession de nos clients et la nôtre, c’est la sécurité. La notion de sécurité arrive à deux niveaux. Nous avons 2 500 collaborateurs sur de nombreux sites, ce qui présente un vrai enjeu de sécurisation des données internes. Cela a pour conséquence des durcissements de processus (accès aux données, cryptage des mots de passe…) qui impactent la vie quotidienne des collaborateurs et qui vont encore se renforcer. L’autre point, vis-à-vis des clients, consiste à monter des infrastructures et des processus qui répondent à leurs exigences ; aujourd’hui, la sécurité n’est plus une option et doit être intégrée, elle devient une norme pour laquelle ils ne sont pas prêts à payer beaucoup plus cher. L’exigence de nos clients nous tire vers le haut, et nous luttons pour ne pas rigidifier les processus et rester agiles.

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Marie-Véronique Lacaze, Co-Fondatrice, Présidente et CEO de Witbe

Pouvez-vous nous faire un rappel sommaire de l’activité de Witbe et de ses spécificités ?

Tout le monde s’est déjà retrouvé face à une vidéo figée sur sa télé, une application bloquée sur son mobile ou des appels coupés en pleine conversation… Dans un monde où ces nouveaux services numériques deviennent incontournables, Witbe est en quelque sorte un ange gardien de la qualité délivrée aux utilisateurs, et permet d’assurer une expérience de qualité. Internet nous a fait basculer dans un univers non-plus centré sur l’équipement et le réseau, mais où l’usage prime et où l’utilisateur est au centre de toutes les attentions. Witbe est né de la volonté d’imaginer une nouvelle approche, exclusivement basée sur la qualité telle qu’elle est véritablement délivrée et perçue par le client final : la qualité d’expérience utilisateur (QoE).
Nous avons ainsi développé une technologie, basée sur des robots qui reproduisent, 24h/24 et 7j/7, des comportements utilisateurs type : regarder une vidéo à la demande sur sa télé, télécharger ses factures, passer un appel depuis son smartphone, etc. Les robots Witbe détectent proactivement et en temps réel toute dégradation ou dysfonctionnement de service, permettant ainsi au fournisseur de service d’améliorer l’expérience et la satisfaction de ses clients. Nous pouvons contrôler la qualité de services data, voix et vidéo au travers de n’importe quel device (TV, PC, smartphone, tablette) et quel que soit le réseau utilisé (fixe, satellite ou mobile). Nos robots ont déjà été adoptés par plus de 300 clients, dans 45 pays, dont les grands opérateurs mondiaux (Orange, Vodafone, T-Mobile, Telefonica…), les diffuseurs de contenus (Comcast, Canal+, Time Warner…) et de grandes entreprises telles que BNP ou Total. Notre société compte aujourd’hui un peu plus de 100 salariés, dont 70 en France et déjà 25 aux Etats-Unis, pour un chiffre d’affaires de 15,2 millions d’euros en 2015 et une croissance moyenne de 17,5 % par an, sur les 3 dernières années.

Pourquoi avez-vous décidé de vous délocaliser aux Etats-Unis ?

Le management est basé aux Etats Unis mais 70 % de l’équipe, et la grande majorité de la R&D, est toujours basée en France. Depuis la création de Witbe, en 2000, nous souhaitions développer une société internationale, ce qui est incontournable pour un éditeur. Nous avons créé Witbe Inc. dès 2003. Le véritable essor, sur ce marché, a été donné grâce à l’avènement de l’iPhone et des tablettes. Les plus grands acteurs des services numériques aux Etats-Unis n’avaient pas le monitoring que nous étions capable de faire. C’était un sacré défi que de proposer une technologie française aux Américains ! Assez rapidement, nous sommes arrivés à convaincre Comcast, et nous travaillons maintenant avec la plupart des opérateurs et broadcasters américains comme TimeWarner, HBO, CenturyLink, Charter, ou Rogers, Bell et CBC au Canada.
Il fallait que nous soyons reconnus par les Etats-Unis, le pays des nouvelles technologies… et où les marchés sont non seulement bien plus importants qu’en Europe, mais aussi bien plus « challenging ».

Les premières années de la vie de Witbe, nous avons levé des fonds à hauteur de 15 millions d’Euro. Nous en avons personnellement apporté la moitié, grâce à la vente de notre première entreprise, Oléane, à France Télécom et l’autre moitié grâce à des partenaires financiers. Pendant 5 ans, nous avons développé le produit. Les cinq années suivantes, nous nous sommes bien déployés en France et en Europe. Si nous sommes partis aux Etats-Unis en 2011, c’est parce que nous avions la chance d’être bien établis à Paris, avec des patrons de services sur qui nous pouvions compter. C’était très risqué ; 2012 a été difficile et en 2013 nous sommes revenus à l’équilibre, puis dès 2014 à la rentabilité. Nous n’aurions pas pu développer un vrai éditeur de logiciel international si nous n’étions pas partis aux Etats-Unis, pour bien comprendre les principales différences et le niveau des attentes et des exigences du marché.

Vous faîtes l’actualité avec une introduction en bourse sur Alternext pour 15,4 millions d’€uro. Quelle est votre stratégie en choisissant cette opération et pourquoi en France ?

Avec cette introduction en bourse, nous voulions accélérer notre croissance, et faire passer un message fort à nos clients européens et américains : Witbe est une société rentable et pérenne qui va continuer à se développer et à accompagner ses clients durablement. Nous pensons pouvoir faire de Witbe une belle entreprise qui rayonne à l’international avec de nombreux atouts français, comme notre R&D. Au-delà de cette levée de fonds, cela a été un vrai projet d’entreprise fédérateur, qui a duré presque un an et a demandé une réorganisation, des mobilisations et a insufflé une grande énergie.
Faire une introduction en bourse en France a été un risque mais un vrai choix ; nous sommes français et je voulais montrer au marché qu’il y a encore des aventures possibles depuis la France. Il faut donner de l’espoir à l’écosystème et aux investisseurs français. Nous avons de bons ingénieurs, une R&D forte et n’avons pas à rougir de ce que nous savons faire en France en termes de technologies. Il faut donner leur chance aux jeunes qui veulent faire de la technique, avec d’autres perspectives de choix que Google ou Facebook. Nous avions envie de continuer à le montrer, à le dire… et nous avons eu raison : le retour des marchés a été excellent, nous avons été sursouscrits, malgré un contexte particulièrement morose.
Grâce aux fonds levés, nous allons renforcer la R&D sur des points particuliers, développer la vente directe aux Etats-Unis et travailler sur la vente indirecte, mettre un peu plus de moyens en marketing et développer l’international – ouvrir un bureau à Denver pour être proches de nos clients, puis aller vers l’Asie en vente indirecte.
Nous étudions aussi l’ouverture d’un bureau au Royaume-Uni.

Comment fonctionne votre duo fondateur avec Jean-Michel Planche ?

Nous avons créé cette société ensemble. Je pense que Jean-Michel doit être, à ma connaissance, l’un des rares fondateurs de start-up qui ait fait passer son égo en second plan et confié totalement la direction de l’entreprise à une femme ! J’ai repris les rênes de notre entreprise familiale en 2013, Jean-Michel préférant se concentrer sur l’innovation et la vision du marché à moyen terme. Jean-Michel est un visionnaire ; il a une perception au-dessus de la mêlée qui permet de voir loin, souvent avec justesse et m’aide à orienter les équipes. En 2004 par exemple, on commençait à parler d’IPTV et il a compris qu’il fallait faire de l’analyse vidéo en temps réel sans fichier de référence. Nous avons commencé à travailler dessus il y a 10 ans, et c’est seulement aujourd’hui que l’on en voit une utilisation massive aux Etats-Unis. Il est constamment attentif à tout ce qui est rupture technologique mais pas seulement, à ce que cela induit aussi en termes d’usages, et d’amélioration dans la vie quotidienne. Mon rôle est de traduire ces visions en produits time-to-market. Nous sommes tout à fait complémentaires. Je suis gardienne de l’exécution et de l’industrialisation de nos services : il faut pouvoir utiliser nos produits aussi simplement que l’on réserve un billet de train…