Services Internet

La prime à l’innovation

Les analyses de notre classement 2013 et 2014 indiquaient une certaine stabilité. Viadeo et LeGuide. com se trouvaient parmi les dix premiers. Ce n’est plus le cas ! Notre dernier Top 10 présente d’importantes modifications. Les entreprises s’appuyant sur des technologies performantes ont été soutenues tandis que des erreurs stratégiques ont été sanctionnées sévèrement. Le multi-écrans, l’uberisation, l’omnicanalité et l’Internet des Objets (IoT) ont influencé les décisions des investisseurs en 2015. Les start-ups du Web français ont levé 1,165 milliard d’euros en 2015 contre 495 millions en 2014, soit une hausse spectaculaire de 135 %, selon l’indice des levées de fonds du JDN. L’année a été marquée par d’importantes levées de fonds : Blablacar (179 millions d’euros), Sigfox (100 millions d’euros)… Le ticket moyen des 277 opérations atteint 4,2 millions d’euros en 2015, presque le double de 2014 ! Le secteur des services Internet a donc continué d’attirer les investisseurs (un tiers des investissements), principalement dans les services Web, les réseaux IoT, ou l’e-marketing et la publicité. Il n’est donc pas surprenant de retrouver Criteo encore une fois à la première place de ce Top 30 des éditeurs de services Internet. Tous les voyants du spécialiste du reciblage publicitaire sur Internet sont au vert avec, pour la première fois, un chiffre d’affaires mondial dépassant le milliard de dollars (+60 % par rapport à 2014). Selon Éric Eichmann, directeur général de Criteo, cette réussite s’explique principalement par les performances de leur solution. Pour les marketeurs, elle reste la référence en matière d’acquisition de clients. Mais ce classement connaît aussi de nouveaux entrants qui se hissent d’emblée dans les premières places comme Ingenico ePayments. Cette division d’Ingenico Group propose une gamme complète de services autour du e-paiement et surtout du paiement mobile (outils d’analyses des performances et de données, solutions de gestion des fraudes, expertise dans le commerce en ligne transfrontalier…). En mettant la main sur le Néerlandais GlobalCollect en 2014 (après le rachat du Belge Ogone en 2013), Ingenico ePayments est devenu un des leaders mondiaux avec plus de 50 000 banques et commerçants répartis dans plus de 70 pays.
Autre arrivée spectaculaire, celle de Webedia. Le pôle médias numériques de la société holding Fimalac dédié aux loisirs et aux divertissements online s’appuie sur une autre méthode pour renforcer l’audience de ses nombreux sites (Allocine, PurePeople, Jeuxvideo. com…) et toucher de nouveaux clients : acheter des audiences ou des services qui permettent de les monétiser au mieux. Une stratégie payante : Webedia rassemble plus de 90 millions de visiteurs uniques mensuels sur tous ses canaux et plus de 27 millions en France. Cette volonté de monétiser les contenus explique les bons résultats de Teads qui a développé une technologie capable d’intercaler des pubs vidéo au sein des articles en ligne des plus grands médias. En janvier 2015, cette entreprise avait levé 24 millions d’euros auprès de Bpifrance et de ses investisseurs historiques. Baptisé le « Criteo de la publicité vidéo », Teads mise sur l’innovation technologique, les États-Unis, et l’ouverture de nouveaux marchés. Hi Media renforce aussi sa présence outre Atlantique avec l’ouverture d’un bureau à San Francisco afin de se rapprocher des centres de décision des sociétés digitales américaines et mondiales. Mais 2015 a été une année délicate (une baisse de 14 % de ses revenus) avec une restructuration lourde de ses activités de régie publicitaire. La combinaison contenu et logiciel permet également à 3 entreprises de l’information d’être présentes dans le Top 15 : InfoPro Digital, Ellisphere (groupe Natixis) et Adverline, qui possède notamment le site societe.com.
Troisième de ce classement, Deezer a connu une année mouvementée à l’image d’un secteur fragile (mauvais chiffres publiés par Netflix et Pandora aux États-Unis en 2015). Avec des conditions aussi peu favorables (malgré une augmentation de 90 % de son chiffre d’affaires), la plateforme française avait même reporté à la dernière minute son entrée sur Euronext en octobre. 2016 semble démarrer sous de meilleurs auspices avec une levée de fonds de 100 millions d’euros il y a quelques jours. Après bien des péripéties, Dailymotion pourrait connaître un peu plus de stabilité depuis son arrivée dans le groupe Vivendi en avril 2015. Pour tenter de se démarquer de son puissant concurrent américain, le site s’est fixé un objectif : devenir la vitrine numérique des contenus musicaux et audiovisuels de Vivendi en diffusant des vidéos exclusives en provenance de Canal+ et des clips des artistes de ses différents labels.
Portés par le développement du e-commerce et de l’omnicanalité, Dalenys (ex-Rentabiliweb) reste constant grâce à la qualité de ses solutions de paiements. Fondée par Jean-Baptiste Descroix-Vernier il y a 15 ans, Dalenys vise les 5 milliards de flux de paiement encaissés à l’horizon 2018, à travers l’intégration de moyens de paiements internationaux et de nouvelles fonctionnalités pour les marchands en ligne ou en points de vente. Mais ce classement 2015 révèle aussi de spectaculaires baisses de régime. Confrontés respectivement à la puissance de Google Shopping et de Google Maps, Leguide. com et Mappy souffrent. Face également à la puissance de géants internationaux, Viadeo perd treize places (6e en 2014). Le réseau social qui avait misé sur le développement à l’international a affiché une perte nette de 23,3 millions d’euros en 2015. Pour redresser la barre, Viadeo a décidé de se recentrer sur la France avec la cessation des activités de sa filiale TIANJI en Chine. Objectif : renforcer ses offres B-to-B et la verticalisation de ses services online. D’autres entreprises comme BD Multimédia ou Leadmedia Group connaissent des restructurations.